Ca vaut le détour – France Bleu Normandie mai 2018

« Sur France bleu Normandie à 18h15, voici nos invités « ça vaut le détour » pour parler de Rouen samedi. Samedi qui vient, le 19 mai, rendez-vous à l’auberge de jeunesse, 3 rue de la Tour pour vous rencontrer, Hélène Cabot. Vous êtes à la mise en scène et vous, Matthieu Farcy, conteur dans ce spectacle immersif 360° autour de trois récits fantastiques de Guy de Maupassant. Richard Gauthier, je vous laisse mener cette interview, cet entretien. »

Hélène Cabot : C’est un spectacle entièrement sonorisé qui part du personnage de Matthieu, qui est une voix. Quand j’ai rencontré Matthieu, il avait cette espèce de « chose », cette voix dès qu’il disait « bonjour » qui fait qu’on s’est dit qu’il avait un univers énorme !
Comme je connais son parcours, l’important -et ce qui était intéressant, c’était de mettre en scène quelque chose qui lui corresponde. Donc, il y avait cette idée des Maupassant : on a trois contes fantastiques que l’on a entièrement sonorisés en direct. Il est donc entouré de micros (microphones), il y a un univers sonore tout autour, il utilise sa voix et il interprète. Voilà.

Richard Gauthier : C’est un son immersif 360° !

H.C. : C’est une « spatialisation du son ».

R.G. : Trois textes de Maupassant : « Un fou », « La peur » et « Apparition ». Et du coup, c’est accessible à tout le monde, et notamment aux personnes malentendantes et malvoyantes ? Matthieu ?

Matthieu Farcy : Tout à fait. Malvoyantes : ça a été conçu et voulu dès le départ par Hélène Cabot. Elle nous a tout de suite fait travaillé et invité un public test pour voir si on était compatibles; à point de vues : on niveau des sons que l’on donne, de la narration, mais également au niveau de l’éclairage pour ne pas éblouir, pour ne pas gêner les personnes malvoyantes qui sont sensibles aux fortes lumières. Donc tout à été pris en compte. Et malentendantes puisque tout est sonorisé, par micros. On peut très bien, dans les salles qui en sont équipées, diffuser dans les boucles magnétiques.

R.G. : C’est-à-dire ?

M.F. : Les boucles magnétiques. C’est un système de diffusion électromagnétique que les personnes malentendants peuvent capter avec un appareil. Ils reçoivent directement dans le casque.

R.G. : Très bien, ça y est, je vois tout à fait de quoi il s’agit ! Bon ça donne quoi Maupassant, Matthieu ?

M.F. : Maupassant, j’adore. Mais ce que j’adore surtout chez lui, là, je suis très sensible à ses contes fantastiques, à tout ce qui est lié à la peur, le frisson l’angoisse. Tous ces textes-là, et puis le fait qu’il laisse toujours un doute : « ce que je vis… est-ce vrai ou… Est-ce que ça s’est vraiment passé ou pas ? » Il laisse toujours un doute, c’est au lecteur de se faire une idée.

R.G. : Et ces trois textes là sont intéressants ? Vous les aimez ?

M.F. : Ah! Il y a intérêt !

R.G. : Et vous ne pouvez pas nous en faire un tout petit bout, Matthieu ?

M.F. : Un tout petit bout ?

R.G. : Vous vous doutiez bien que j’allais vous le demander…

M.F. : Ah! Bah… Donc cette histoire là – j’ai une histoire sur une peur, il faut savoir que la peur c’est quelque chose d’effroyable, une sensation atroce comme un spasme de la pensée et du cœur dont le souvenir seul donne des frissons d’angoisse.

R.G. : Oui !

M.F. : La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois.

R.G. : Hmm, hmm ?

M.F. : Moi, je l’ai ressentie, par une nuit de décembre. C’était dans une forêt du nord-est de la France.  J’avais pour guide un paysan, qui marchait avec moi par un tout petit chemin sous une voûte de sapin dont le vent déchaîné tirait des hurlements. Entre les cimes, je voyais des nuages en déroute. Des nuages éperdus qui semblaient fuir devant une épouvante. Et parfois, toute la forêt s’inclinait dans le même sens avec un gémissement de souffrance. Et le froid m’envahissait, malgré mon lourd vêtement et mon pas rapide… Voilà, ça, c’est un extrait !

R.G. : Oh, ben…

H.C. : …C’est le début, en fait, du…

R.G. : … Non, mais c’est incroyable, parce qu’on l’écoute, et ça y est ! On le…

H.C. : …Ben évidemment ! Et c’est ça qu’est très intéressant, c’est-à-dire qu’il vous parle comme si il était en train de vous dire : « voilà, ça raconte çà, » et c’est exactement ce que je souhaitais : c’est qu’à un moment on entre tranquillement dans quelque chose, et vont s’ajouter à ça toutes sortes de sons. Donc il y a un univers sonore mis en place par Hubert Michel – Hubert Michel travaille beaucoup avec Module Etrange – et donc, en fait, sa spatialisation du son  – il y a 16 enceintes, quand même, tout autour de Matthieu, qui sont des enceintes de cinéma sur le plateau qui sont des enceinte très, très performantes ! Et qui vont venir questionner le public, accompagner le public dans l’histoire, tout autour. Donc, derrière nous, sur les côtés…

R.G. : Tout autour, 360° !

H.C. : Voilà, c’est ça : c’est la spatialisation du son.

 

ITW France Bleu mai 2018